Description:
On a les doigts rouge et bleu quand on peint, alors qu'on les a noirs quand on écrit.
(d'après Hermann Hesse)
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Les rumeurs vont bon train sur le cas de Mr Sarkozy qui, après plusieurs remous et fausses rumeurs, semble avoir rejoint l'île de Malte avant son intronisation le 16 mai prochain. En fin de compte, peu importe de savoir quelle est la marque de son jean, le prix du yacht avec laquelle il fait son escapade, les relations qu'il entretient avec les grands magnats de l'information etc... Il s'avère, qu'on le veuille ou non qu'il sera prochainement officiellement le nouveau président de notre République et qu’il aura en partie entre ses mains le sort des citoyennes et citoyens de cette dernière. De ce fait, l’un des grands dossiers qui l’attend est celui de la politique énergétique, aujourd’hui clairement orientée vers le nucléaire. La République, la France, c’est en effet 58 réacteurs nucléaires répartis dans 19 centrales et qui fournissent 78% de notre électricité, 17% de notre énergie totale. La République, la France, c’est donc le poids de ce choix délibéré en faveur d’une énergie coûteuse et dangereuse, ne voyons-nous pas dans nos campagnes ces tours de refroidissement comme les spectres d’une menace invisible ? Avoir fait ce choix, c’est accepter d’endosser pendant des décennies les responsabilités qu’implique le pilotage constant de monstres instables, c’est aussi prendre la décision de laisser aux générations qui nous suivrons un lourd tribut pour notre confort. Le nucléaire induit une vigilance perpétuelle, une grande connaissance du domaine et une forte capacité à agir en connaissance de cause. Et nous le savons : être président c’est prendre de grandes responsabilités. A l’heure où une autre rumeur bat la campagne (Anne Lauvergeon, actuelle dirigeante d’Areva deviendrait ministre de l’Industrie), il serait profitable pour le plus grand bien de tous que Monsieur Sarkozy comble ses plus grosses lacunes. Il est certaines propositions qui ne se refusent pas… comme celle, non dénué d'humour, du Réseau « Sortir du nucléaire » qui fait suite : 06/05/2007 Le Réseau "Sortir du nucléaire" offre à M. Sarkozy une remise à niveau sur le nucléaire
Lors du débat qui l'a opposé à Mme Royal le 2 mai, Nicolas Sarkozy a démontré l'étendue de ses faiblesses sur le dossier du nucléaire. Mme Royal s'est aussi trompée mais il est bien logique de se pencher de plus près sur les erreurs de celui qui sera Président de la République dès le 16 mai prochain.
M. Sarkozy s'est ainsi trompé sur la part du nucléaire dans la production d'électricité. Et, à propos du vieillissement des centrales, il a mentionné de mystérieux "chapeaux de couverture" qui ne correspondent à rien de connu.
M. Sarkozy s'est aussi lourdement trompé concernant le réacteur nucléaire EPR, qu'EDF entend construire à Flamanville (Manche) : selon ses propres constructeurs, ce réacteur est de 3ème génération, or M. Sarkozy l'a placé dans la 4ème génération. C'est d'autant plus troublant que c'est M. Sarkozy lui-même, lorsqu'il était ministre de l'économie en 2004, qui a expliqué aux parlementaires français qu'il était nécessaire de construire l'EPR dont, de toute évidence, il ne sait rien.
Par ailleurs, M. Sarkozy croit à tort que le nucléaire protège la France de la montée du prix de l'énergie et permet de lutter contre le réchauffement climatique. Enfin, M Sarkozy s'était aussi trompé en début d'année concernant les sous-marins nucléaires.
Il apparaît donc absolument nécessaire que M. Sarkozy, avant son entrée en fonction le 16 mai, bénéficie d'une remise à niveau sur le nucléaire... et sur la possibilité d'en sortir. Soucieux de l'intérêt général mais aussi de son indépendance, le Réseau "Sortir du nucléaire" propose de dispenser gracieusement cette formation à M. Sarkozy.
Objet : Lettre ouverte à propos du nettoyage des rues à la suite du rassemblement du 17 mars 2007
Strasbourg, le 1er mai 2007 Madame le Maire, Monsieur le Président Nous avons reçu de votre part une facture de 854 euros, correspondant au nettoyage des chaussées de Strasbourg à la suite du rassemblement contre l'EPR du 17 mars 2007.
En la matière, la Ville de Strasbourg se distingue : le rassemblement national antinucléaire du 17 mars dernier a eu lieu simultanément dans cinq grandes villes française, et Strasbourg est la seule des cinq à avoir exigé des organisateurs de la manifestation de prendre en charge le nettoyage des rues… En outre, il nous semble qu'il s'agit là d'une première : pour autant que nous ayons pu le comprendre de la part de vos services, c'est également la première fois que la ville de Strasbourg entend faire payer le nettoyage de ses rues après une manifestation, parfaitement pacifique, qui a permis à quelque 5 000 personnes venues d'horizons divers de découvrir notre ville… De plus, nous ne comprenons pas de quel nettoyage il pourrait bien s’agir : en effet, le public que l’on rencontre dans les manifestations antinucléaires est composé de citoyens responsables et respectueux du cadre de vie qui militent pour la santé de tous, le respect de l’environnement et l’avenir des générations futures.
Nous vous serions donc très reconnaissants de bien vouloir nous faire savoir s'il s'agit là d'une décision motivée par le caractère antinucléaire du rassemblement : Nous serions heureux dans ce cas de donner, à ce qui apparaît comme une mise à mal de la liberté d'expression, le retentissement médiatique qui convient.
Dans le cas où il s'agirait d'une pratique habituelle de la ville de Strasbourg, même inconnue, nous vous serions reconnaissants de bien vouloir nous faire savoir quels rassemblements ou quelle visite de candidat à une élection ont eu le plaisir de participer ainsi au nettoyage de nos rues. La question se pose également lors des sorties de matchs de football à la Meinau, ou encore à propos du passage du tour de France à travers la ville. Les organisateurs de ces rassemblements ont-ils reçu la même facture ?
Il est vrai que comparée à l'aberration financière que représente aujourd'hui l'industrie nucléaire dans son ensemble, la somme demandée peut paraître faible. Il serait également intéressant d'estimer l'impact financier sur le commerce local des 5000 personnes venues manifester à Strasbourg en une après midi. Sauf erreur, ce nombre représente peu ou prou l'équivalent d'une centaine d'autocars touristiques… Dans l'attente de votre réponse, nous vous prions de croire, Madame le Maire, Monsieur le Président, à l'assurance de nos meilleurs sentiments, et de notre opposition toujours plus résolue à la construction de toute nouvelle centrale nucléaire dans notre région. Nous n'aimerions pas en effet que la ville de Strasbourg ait un jour à supporter le nettoyage des sols contaminés sur son territoire… Le 17 mars dernier, le réseau Sortir du Nucléaire, fédération de 765 associations, organisait une grande manifestation nationale et décentralisée dans cinq villes réparties sur l’ensemble du territoire : Lille, Toulouse, Rennes, Lyon et Strasbourg afin de réveiller les consciences au sujet de la construction d’un nouveau réacteur nucléaire, à Flamanville, dans le Cotentin. Cette manifestation rassembla plus de 62 000 citoyens à travers tout le territoire dont 5 000 personnes à Strasbourg. Nous pouvons imaginer la stupéfaction des trois organisateurs de la dite-manifestation lorsqu’ils reçurent, un mois plus tard, une facture d’un montant total de 854 euros correspondants au « nettoyage des rues faisant suite à la manifestation ». La lettre ouverte en tête de cette note est la réponse faite à la ville de Strasbourg par l’ensemble du collectif STOP-EPR Grand Est chargé d’organiser le rassemblement local. Le 3 mai 2007, dans la rubrique « vite dit » (et c’est le cas de le dire) de l’édition strasbourgeoise des DNA, nous pouvions lire cet article : Les antinucléaires n’auront pas à payer le nettoyage… La facture a indigné les écologistes qui ont organisé la manifestation contre le réacteur nucléaire EPR, le 17 mars. Et on les comprend. En effet, dans un courrier tout à fait officiel, la ville de Strasbourg leur réclamait 854 euros au titre des frais de nettoyage après le passage de la manifestation (quelque 2000 à 5000 personnes selon les comptages). Les militants écologistes ont solennellement protesté, par courrier, auprès du maire de Strasbourg. Qu’ils se rassurent, ils n’auront pas à payer cette facture : il s’agit d’une erreur administrative. Les organisateurs de manifestations n’ont pas eu à payer par le passé le nettoyage des rues ; ils n’auront pas plus à le faire à l’avenir. Seuls sont invités à contribuer au paiement du nettoyage de la chaussée les organisateurs de manifestations commerciales comme la grande braderie de juillet. Cette petite affaire vite réglée a cependant un mérite : elle vient rappeler que les manifestations ont pour la collectivité des coûts qu’on ne soupçonne pas. A Strasbourg, où l’on défile fréquemment, il était bon de le savoir… Ainsi donc, il ne s’agissait que d’une simple « erreur administrative », les militants nucléocastes, comme les appelle Perline, sont rassurés. Seulement on peut s’étonner que les organisateurs aient reçus il y a de cela deux semaines un rappel demandant le paiement rapide de la facture. On peut aussi s’étonner que de telles manœuvres semblent avoir touchés d’autres manifestations et même si elles demeurent encore relativement rares, ces pratiques n’en sont pas moins inacceptables pour le respect de notre démocratie. A moins peut-être que l’administration ne se soit vraiment trompée : il est en effet fort probable que des militants anti-nucléaires rassemblés par milliers sous le nom de « collectif STOP-EPR Grand Est » n’organisent qu’une simple « braderie ». Etant donné que le Ministre des Finances de 2004 qui présenta et dû convaincre l’Assemblé de la nécessité de ce nouveau réacteur n’y connait pas grand-chose, on voit mal comment les fonctionnaires de la mairie de Strasbourg peuvent n’en connaître, ne serais-ce que le nom. D’où viennent de telles manœuvres ? Un petit tour sur le blog du Président de la CUS, Monsieur Robert Grossmann (http://www.robert-grossmann.com/blognotes/index.php/?2006/07/11/123-place-kleber) nous donne quelques pistes d’exploration. En gros, les socialiste ont fait de la merde avec cette place (le débat n’est pas là), les gens ne veulent plus y aller, pourtant les strasbourgeois aiment cette place, n’en doutons pas, nous n’en douterons pas. Après plusieurs installations temporaires et des dizaines de projets présentés, nous ne pouvons vraiment plus en douter. Seulement si l’on puit encore douter, ce serait sur la nécessité de faire venir du gneiss blanc de Chine pour le pavage, m’enfin pour une place aimé, il faut ce qu’il faut. Le résultat qui se profile déjà derrière les grillages du chantier ? Une place réhabilité que le citoyen strasbourgeois pourra se réapproprier en toute sécurité, sans aucune crainte d’agression, de délinquance. « Celui qui est prêt à sacrifier un peu de liberté pour obtenir un peu de sécurité ne mérite vraiment ni l'une, ni l'autre » disait Benjamin Franklin. En effet, si la place sera bientôt réhabilitée, le strasbourgeois pourra y goûter une tranquillité toujours appréciée en plein milieu de la ville, par contre le citoyen lambda sera quelque peu déçu. Depuis plusieurs mois déjà, il est devenu impossible, à moins d’une forte pression d’un ensemble cohérent et puissant d’associations, d’organiser le départ ou le passage de la moindre manifestation au sein ou à proximité de la place Kléber. Même les rues attenantes sont protégées par l’aura anti-rassemblement de la place Kléber. Il est dès lors important de rappeler que oui, l’organisation de manifestations a un coût pour la collectivité. Mais dites-moi, vous qui pouvez concevoir ou approuvez la facturation à 854 euros d’une manifestation pacifique, dites-moi, quel est le prix de la démocratie ? Et vous, qui bientôt vous délasserez sur la place Kléber restaurée, dites-moi quel est le prix de ce plaisir au regard du devoir de vigilance (et de réaction) citoyenne ? Et si vous pouvez encore convertir ce prix souvent fait de sueur, de sang, de patience, de don de soi et de volonté en monnaie, vous voudrez bien m’indiquer le cours de celle-ci sur la bourse mondiale des vies humaines. Tout citoyen lambda paye des impôts, tout citoyen lambda peut choisir de prendre à cœur son rôle dans le maintient d’un régime humain et proche de lui, ou de le laisser à d’autres, ce qu’il attend en retour c’est que la collectivité qu’il finance améliore son cadre de vie et assure la conservation de ses droits primordiaux dont celui de manifester. Les propos de Madame Fabienne Keller, maire de Strasbourg, expliquant dans divers quotidiens régionaux que la restructuration de la place Kléber va dans le sens de la limitation voir du déplacement vers des centres urbains moins denses (et moins appréciés ? ou moins fréquentés ? ) des manifestations ont de quoi inquiéter. Leur mise en application : volonté de déplacer les manifs anti-nucléaires vers le Parlement Européen et la Robertsau, manifs suivants un parcours place de la gare/Meinau ou encore le refoulement au mois de février dernier par quelques CRS de deux manifestants des Don Quichotte distribuant des tracts sur la place du général napoléonien est tout bonnement effrayante. A Strasbourg, où l’on défile fréquemment, il était bon de le savoir… bon aussi de savoir le traitement réservé à ceux qui sortiraient des clous comme en témoigne ce couple sur le site stop-epr rassemblant les impressions post-manifestation : « Nous, un couple franco-allemand plus très jeune, avons été choqués, quand nous avons quitté le cortège des manifestants après l’arrêt Place de la République, que les forces de l’ordre nous somment, aimablement mais fermement, d’enlever immédiatement les badges, par ailleurs plutôt discrets, de nos vestes, avant de passer ce qu’on pourrait appeler le périmètre de sécurité - et d’être autorisés à nous mouvoir librement au centre-ville. Alors à quand l’interdiction de parler à haute voix dans le tram ou autre lieu public d’une telle manifestation ? A quand l’interdiction d’apposer des affiches sur les vitrines de nos magasins ou des autocollants sur nos voitures personnelles ? De lire sur un banc public "Les silences de Tchernobyl" au risque qu’un passant quelconque nous dénonce comme portant atteinte à l’ordre établi ? » http://www.stop-epr.org/spip.php?article80 (premier cinquième de la page environ) Citoyennes, citoyens de Strasbourg et des environs, il est bon de le savoir, la place Kléber est réhabilitée, la ville se purifie, la sécurité enfle le doux murmure de la rivière de l’insouciance. Citoyennes, citoyens, par pitié ne venez pas salir les bancs publics de cette nouvelle place par la crasse de vos idéaux, ne venez pas souillez de vos pas impurs et de vos tracts nauséabonds le blanc dallage par votre activisme (im)pertinent. Citoyennes, citoyens, n’en doutons pas les strasbourgeoises, strasbourgeois ont parlé, c’est de tranquillité qu’ils veulent, laissons-les à leur guise se remplir le gosier et la tête des eaux du Léthé, laissons-les amorcer leur longue catabase démocratique. Charmant, je dirais même radieux. Mais laissons de côté tous ces éléments décoratifs, les bâtiments sont destinés à disparaître de nos villes, à quitter nos esprits et nos âmes (songeons un peu à l’ancienne Maison Rouge), seul demeure gravé dans nos cœurs les relations humaines que nous avons pu y connaître. Seul, tracts à la main, entouré d’affiches, ridicule, frigorifié, en hiver, déambulant sans grand succès au sein de la foule pressée rue des Grandes Arcades quand soudain, une vieille dame se détourne vers moi. Gravement, déroutant sa petite-fille de la ligne droite qu’elles suivaient elle s’avance vers moi et me demande avec un délicieux accent russe si les gens s’y intéressent. D’un air désolé je lui réponds que non et d’un air tout aussi désolé, regardant la foule « et pourtant s’ils savaient, ou plutôt s’ils imaginaient… enfin ils le sauront tous un jour, inévitablement… oui inévitablement ». Son visage, la peine qui traversait sa figure crevassée et ce regard perdu et pourtant déterminé vers un horizon lointain. Voilà ce qui restera de cette place. Un instant. Un espoir. Après l’explosion du quatrième réacteur de Tchernobyl vingt-et-un ans en arrière et à plus de 2000 kilomètres d’ici, certains scientifiques dont Nesterenko estimaient qu’il fallait évacuer une zone de plus de 100 kilomètres autour de la centrale. Finalement ce seront 250 000 personnes déplacées dans un rayon de trente kilomètres, huit millions d’hectares de terre contaminée, des villages et des villes devenus fantômes et tout un lugubre cortège de souffrances. Aujourd’hui, 80% des enfants biélorusses sont en mauvaise santé, ils étaient 20% en 1985. Quelques minutes, quelques grammes, quelques mots… Et toujours, ici même, une menace inodore, incolore, invisible, éternelle qui plane sur nos ruelles joyeuses, nos rues animées et nos places rénovées. La marque de la radioactivité ne s’efface pas, elle demeure gravée dans nos pierres, inscrites dans les chairs de nos êtres aimés. Face à toutes ces menaces et à l’épuisement croissant de tout modèle alternatif, de toute expression contraire à l’indolence qui agite le pays, nous pouvons encore nous référer à ces quelques mots de Diderot « Sachez renoncer au repos : votre état est un état de guerre ; vous n’avez pas seulement affaire aux erreurs et aux vices, mais encore aux aveugles et aux vicieux ; votre unique souci, c’est d’avoir raison. Ménager les préjugés, c’est manquer à la vérité ; ménager les vices, c’est rougir de la vertu ».
Ligue des Droits de l'Homme et élection présidentielle
Contrairement à ses habitudes, la LDH prend parti, à l’occasion de l’élection du 6 mai.
Communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme
28 avril 2007 - Élection présidentielle
Le 6 mai, barrons la route à l’autoritarisme, votons pour défendre les droits et les libertés Contre-pouvoir et association civique luttant contre l'arbitraire, l'injustice et l'intolérance, la Ligue des droits de l’Homme n’intervient dans le débat électoral que si le bon fonctionnement de la démocratie, l'effectivité de la citoyenneté et le respect des principes de liberté, d'égalité et de fraternité sont en jeu. Nous venons de vivre cinq années de régression des libertés, de l’égalité et de la fraternité. Tous les pouvoirs ont été accaparés par un seul courant politique. L’autoritarisme, le recours aux moyens d’exception ont accompagné le renforcement du contrôle social, le choix du tout répressif, le recul des droits des justiciables, les attaques contre l’indépendance des juges. L’insécurité sociale a été renforcée pour les plus faibles, la protection sociale fragilisée, la précarité du travail encouragée. Les « marginaux », les « différents », les jeunes des quartiers défavorisés, ont été traités en boucs émissaires, les étrangers traqués jusque dans les écoles maternelles, les familles les plus démunies sanctionnées pour leur pauvreté. Si Nicolas Sarkozy se voyait confier la plus haute charge de l’Etat, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas : loi durcissant encore la répression pénale, nouvelle loi anti-étrangers, contrat de travail « unique » se substituant au CDI, sans parler du ministère de l’« identitaire » et de l’immigration… Il est de notre devoir d’alerter les citoyennes et les citoyens de ce pays : la poursuite et l’amplification de la politique menée depuis cinq ans ne serait pas un «rêve» mais un cauchemar. Nous ne voulons pas d’une démocratie muselée qui, parce qu’elle laisserait sur le bord de la route des millions de personnes, attiserait le communautarisme, le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie et ouvrirait la voie aux révoltes sociales. Nous voulons une autre France : fière de sa diversité, soucieuse que chacun puisse réaliser ses aspirations, porteuse des libertés et rénovant sa démocratie. La France n’est jamais aussi grande que lorsqu’elle met ses actes en accord avec son ambition séculaire de voir tous les droits valoir pour tous. Pendant qu’il en est temps, la LDH appelle les électeurs à choisir la solidarité et non la peur, le respect et non les menaces, l’égalité et non les discriminations. La Ligue des droits de l’Homme appelle à voter et à faire voter, le 6 mai 2007, pour Ségolène Royal.
Paris, le 28 avril 2007. Lire l’article sur la toile ? http://www.ldh-france.org/actu_derniereheure.cfm?idactu=1445

Pâris
Est-il dans les droits d’un berger de se faire juge d’un tribunal divin ? L’histoire apprend que les plus hauts arbres qui se parent de la vanité de produire les fruits les plus éclatants sont les premiers atteints de la foudre. Les plus grandes murailles qui se complaisent d’avoir vu leur mortier gâcher par les Dieux eux-mêmes tombent les premières sous la fureur du fer. Est-il du ressort d’un simple mortel de trancher les affaires que les Dieux eux-mêmes ne traitent pas ? Combien sont-ils ceux, qui poussés par des pouvoirs trop grands, se sont risqués à aller trop loin ; des fils de Dieux ont été consumés pour avoir voulu côtoyer au plus près les rayons célestes. Il est désirable de vouloir surpasser les limites que la terre nous impose et de goûter aux connaissances les plus élevées mais le sol toujours nous ramène au sort qui nous est échu. Est-il seulement envisageable de contrarier les Dieux ? Lorsqu’en personne ils viennent sous des formes gracieuses vous élever de la crasse de votre existence vous offrir l’espace d’un instant la possibilité de les surpasser d’un mot sans recours. Certes, le jugement est délicat et les faveurs divines sous leurs auspices agréables souvent se révèlent insidieuses. Mais est-il seulement donné à l’homme le moyen d’y résister ? La damnation éternelle a de ces atours qui vous enceignent, de ces attributs qui vous ensorcellent que l’aspiration à l’allégresse vous saisit l’âme… Héra
Et ce n’est guère d’un juge pénitent remuant tout l’univers dans ses pensées coincées dans un petit espace d’eaux, cernés par des brumes et des terres froides que nous venions chercher jusqu’ici. Nous voulions le fier Pâris protecteur des hommes dont la beauté n’a d’égal que le soleil qu’il côtoie avec ses troupeaux, nous voulions le grand Pâris qui jugera de la beauté des Déesses descendues de l’Olympe. Pâris
Puisque la Déesse aux bras blancs à nouveau me pousse à exercer mon pouvoir de juge, et puisque l’âme humaine n’est pas faite pour demeurer dans la tristesse et la stabilité d’une existence simple et sans intrigues, soit j’accepte de servir les desseins divins mais auparavant… Athéna
Tu ne devrais pas ignorer qu’il ne faut pas laisser attendre les divinités surtout lorsque le cœur du débat concerne leurs beautés respectives et prends garde à ne pas sombrer dans un orgueil supérieur aux intérêts que ta personne nous procure. Pâris
Je consens à trancher tous vos différents mais qu’au moins vous m’assuriez par avance que vous accepterez le jugement rendu avec toutes les imperfections et les faiblesses propres aux mortels. Et maintenant que l’on m’explique l’objet de tant de mouvements. Aphrodite Une pomme dont l’éclat n’a pas son pareil dans vos vergers terrestres et destinée « à la plus belle » jette le trouble dans la Cour Divine et des trois Déesses qui paraissent devant vous, vous devez trancher et décidé laquelle est la plus à même de porter le prix et de recevoir la pomme dédié. Pâris Tant d’agitation pour une simple pomme, faites-en fermenter le jus et partagez-vous le cidre obtenu, ainsi rien ne sera perdu pour qui que ce soit. Athéna Ne te dérobe pas Pâris au sort qui est tien ! Puisque tu consens à exercer ton jugement sur nos affaires, juge et accorde la pomme à qui de droit. Entends donc ce que je propose à l’impartial arbitre qui siège sur ce magistral rocher : déclare-moi la plus belle et je t’offrirais la valeur guerrière : toujours dans les tumultes de fer et de sang tu auras droit à la meilleure place sur la première ligne et toujours tu en sortiras la tête haute et les lèvres remplies d’exploits éternels. Pâris Guerrière aux yeux pairs, fille de Zeus, je ne connais de tout l’éther que l’espace accessible au regard depuis cette place, mais de cette aire, j’ai éprouvé chaque pierre, chaque parcelle de terre et tant de fois j’ai mené le troupeau tant de fois j’ai admiré et reconnu cette contrée comme mienne. La guerre m’est étrangère et ta proposition n’amène en mon esprit qu’aversion et rejet, maintenant vas sans crainte, je jugerais sur d’autres critères. Héra Digne Pâris, protecteur des hommes, juge donc de la beauté de l’épouse du père des Dieux et de sa générosité reconnaissante. Offre la pomme à celle qui siège aux plus hautes instances et j’assurerais ta noble prestance : le règne sans défaillance que je te promets s’étendra aux limites de l’Asie et à ses anses lointaines. Pâris meneur d’hommes, permets à ta descendance de régner sur le monde. Pâris Déesse au trône d’or, ton pouvoir est grand et grande sont tes promesses mais voit ce qui nous cerne, un désert peuplé de cailloux et de sable sans palais ni forteresse, de pouvoir, je n’ai connu que celui des lois naturelles et l’ambition m’est inconnue en ce domaine. A votre empire je ne m’y intéresse point et je n’y vois que vanité et prétention supérieure à mon statut, mais ne sombrez pas dans la détresse, je statuerais sur d’autres références. Aphrodite Fougueux Pâris, admire la grâce de ma personne, je naquis des flots primordiaux, ma peau a conservé la teinte immaculée de l’écume et la finesse de mes traits est l’œuvre de l’océan, dépourvu d’amertume. De l’amour, célébré par tous les peuples et toutes les coutumes, je suis la gardienne et l’unique maîtresse. Mon présent est de ceux qui ne s’obtiennent ni par l’or ni par le fer et pour lequel la valeur personnelle n’assure pas le succès : je t’offre, beau Pâris, le cœur de la plus belle des femmes. Pâris Vois donc quelle est ma demeure : mon logis s’étend sous tes yeux au milieu des pierres, des sources et des buissons et je n’ai d’autre tente que la voûte du ciel, je mène ici une existence paisible… Aphrodite
En compagnie des plus admirables génisses du royaume de Troade ? Pâris
…dans l’adoration des démiurges, la contemplation de leurs créations et la compagnie restreinte mais appréciée d’une famille aimante et de rares compagnons de chemin. Quant au pouvoir suprême que tu me proposes, belle déesse, tu arrives trop tard, mon cœur est déjà lié d’un nœud puissant à celui de la belle Oenone et l’eau du Xanthos remontera à sa source bien avant qu’il ne soit défait. Aphrodite Impertinent, tu jurerais sur le Styx pour une amourette ! Bien sûr, elle est charmante ton épouse et je gagerais volontiers que les inclinations champêtres de deux jeunes et beaux bergers deviendront dans les siècles à venir les motifs prisés des romans de quelques nobles en mal de plein air. Elle soupire Il est regrettable qu’un homme de ta nature ne se contente que de cet horizon poussiéreux, de quelques belles fleurs locales et d’une vie à courir à travers monts et forêts… mais après tout, naissance est une chose, destinée en est une autre, rends ton jugement noble Pâris. Pâris
Attends donc, belle déesse, le juge n’a pas suffisamment examiné ton cas, que veux-tu sous-entendre par tes propos vagues et ambigus ? Aphrodite
J’entends qu’il est remarquable qu’un mortel que la bonne étoile a comblé de tant de charmes, de tant de prestance et de tant d’esprit n’ait d’autres aspirations que de vivre dans la stabilité d’une existence somme toute agréable mais humble et dépourvu d’intrigue. Je n’ai malheureusement que des désirs d’ailleurs, des désirs à la hauteur des rêves de beau et d’absolu des fils de roi à proposer, n’y en a-t-il pas un seul qui t’anime, fils légitime du grand Priam ? Pâris Que dis-tu, moi fils de roi ? J’ai de tout temps été élevé dans ces terres et il me semble que mon destin n’est pas de franchir ces monts exposés au vent et au soleil, m’est-il donné de seulement pouvoir imaginer un tel statut ? Aphrodite
Elevé par les bergers qui te recueillirent mais né de la reine Hécube et ton père est le puissant Priam, roi de Troie. N’a-tu jamais songé aux palais aussi grands que tes plaines, aux sols jonchés de marbre, aux puissants remparts de Troie, plus élevés que les mers déchaînées, à la richesse de la cour paternelle ? N’as-tu jamais éprouvé le désir de connaître ce qui s’étend derrière ces collines jaunies par le soleil, d’aller plus loin que ce que ton environnement premier te permet ? Tu parles de destin : quelques heures plus tôt, tu étais Pâris le berger sans rêve et désormais tu es Pâris le prince de Troie. D’une phrase, fais de moi la plus belle de l’Olympe et tu découvriras toute l’étendue de ce vaste monde et tu goûteras aux fruits les plus sucrés car d’une phrase j’assouvirais tes désirs. Aphrodite s’éloigne sous le regard songeur de Pâris en proie à la réflexion Pâris, se levant
Juge d’un seul jugement, j’ai estimé les beautés et les attributs personnels de chacune de vous et il m’apparaît que trancher des cas aussi proches et décider laquelle de ces trois beautés est la plus admirable n’est pas chose aisée. Aussi, puisque la raison ne m’était d’aucun secours dans un pareil concours, je sollicitai les élans de mon coeur et les indications complexes de mes sentiments. Celle de vous dont l’apparition jeta le plus grand trouble dans mon âme et dont les qualités s’attardent encore dans mon esprit fut la déesse qui naquît des flots : Aphrodite. Sans un bruit, les déesses profitent d’une brume soudaine pour quitter le juge d’un instant, les débats s’étant allongés, le soleil se couchait déjà au loin vers le Jardin des Hespérides et Pâris demeure seul un peu plus à l’Est. Pâris
O mœurs ! O hommes ! Ainsi donc, à mon tour, j’ai voulu goûter aux connaissances supérieures à ma personne, à mon tour j’ai édifié des tours d’orgueil qui frôlent les nuages et de mon destin simple et humble mais stable et plaisant j’ai voulu m’élever au-delà de mes capacités. Mais peut-on refuser les faveurs divines ? Ah, je délire, je raisonne sur mes actes, j’excuse mes faiblesses par les causes extérieurs mais si l’homme n’exerce pas son libre-arbitre, s’il ne tient pas ses convictions, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même et non charger à tord le destin. S’en est fait de la vie que je menais, et déjà en voyant les collines inondés des derniers rayons de l’astre déclinant je songe aux jours où j’avais été heureux. Que ne puis-je oublier les faveurs accordées ? Allons bon, Pâris, la nuit tombe et ce sera certainement la dernière en cet état, tâchons de nous restaurer. La pomme vermeille oubliée par Aphrodite brille de mille feux dans le soleil couchant, Pâris s’en saisit. Que n’avais-je dis qu’il fallait bien mieux la partager simplement que de vouloir sa propriété exclusive ? Au moins elle servira à une personne. Ah, je sens que le destin changée par cette intervention divine se scelle et je crois pouvoir affirmer que l’histoire dont laquelle je m’embarque sera à l’origine d’une chaîne de cause à effet dont l’aboutissement sera encore discuté dans des milliers d’années. Est-ce encore l’orgueil d’un arrogant qui me fait tenir ces propos ou le discernement tardif d’un doux rêveur ? Ah ! L’intuition m’indique mon erreur, « cave amantem » me souffle l’esprit et j’ai dans le ventre la rancœur d’avoir cédé aux pulsions d’un désir insidieux, l’homme ne devrait jamais se défaire de sa raison car c’est le seul bien qu’il est certain de posséder ici-bas. Pour présenter rapido le truc, c'est le projet que j'ai présenté au concours inventio des olympiades de latin. La consigne était de réécrire le Jugement de Pâris à partir du tableau de Deutsch en ayant une large possibilité de réinterprétation du mythe. Je n'ai pas modifié le texte entre temps même si certaines choses nécessiteraient de petites interventions. Et pour une fois je poste à l'heure promise...
Certains brandissent des vipères, d’autres font affaire avec des madeleines et des carottes. Toutes ces anecdotes de la petite enfance sont comme des spectres lointains dont les contours flous empêchent de déterminer leurs origines et leurs franches parts d’authenticité. Condamnées à errer dans les méandres tortueux de notre inconscient jusqu’à ce que le gardien de notre Erèbe profond, leurré par quelques vapeurs éthyliques ou la similitude qui unit deux réalités temporellement opposées leur accorde audience devant le roi Conscience. Mes relations avec la restauration scolaire font parties de ces similitudes qui perdurent au fil des âges et certains événements récents ont fait ressurgir de lointaines rumeurs du temps où, excédé du haut de mes neuf années, des injustices subies chaque jour, j’en étais arrivé à la décision d’entreprendre une grande action, une réunion massive en face de la blanche porte cochère de la cuisine qui donnait alors sur la cour. J’étais résolu à rallier à cette noble cause toute la cour de récré et je m’imaginais en armes, étendard en main, parcourant toute son étendue de mes pas déterminés et faisant halte devant chaque petit opuscule pour leur demander solennellement de se joindre à moi. Seul manquait à cette allégorie faite des innombrables images transmises par les contes le grand cheval blanc étincelant. La réalité était toute autre : j’avais piètre allure lorsque, irrémédiablement l’on me demandait ce que je comptais, concrètement, entreprendre et bredouillant un espèce de charabia confus devant leurs regards stoïques, je faisais le douloureux apprentissage de la réalité et des limites des idéaux. Je me retrouvais seul devant la massive porte blanche. Plus d’armes, plus d’étendard dans le vent, le petit cheval de la comptine définitivement tout-derrière, je pris cette résolution qui ne me quitta plus vraiment : demeurer à ma place, celle d’un contemplateur, d’un doux rêveur qui écrit des inepties et surtout fermes sa gueule. Déjà bien plus tôt, j’avais affronté cette institution qui me paraissait si forte, ou plutôt le message d’équilibre alimentaire qui venait de bien plus haut et qui était si mal véhiculait par les salades de carottes râpées conservées sous vide dans des boîtes plastiques. Métaphores de la mangeoire animale, modernes, collectives, d’une fraternité aussi jetable que la matière, elles étaient fonctionnelles de par leur capacité à rapidement évacuer les aliments non-ingérés, ou tout au moins non-digérés. Il était de coutume lors des premières années de participer à l’entretien des tables et de la salle. Le petit groupe qui opérait ce travail était désigné de manière arbitraire quoique les volontaires fussent acceptés. C’était l’occasion de tester les amitiés, si vous étiez sélectionné, le bon ami se jetterait aux pieds de la surveillante-nominatrice pour obtenir de partager avec vous le triste sort : nettoyer les tables, monter les chaises, passer le balais et bien sur manger après tous les autres. L’autre, tournerait le dos en sachant très bien que deux élèves consécutifs ne sont jamais sélectionnés et que, par ailleurs, il passerait du bon temps avec d’autres camarades. On était loin de cette amitié qui vous pousse à dormir par terre lorsque votre camarade est emprisonné et qu’évoquera Camus, auteur que je ne devais connaître que bien plus tard. Pour l’heure, mes amitiés étant ce qu’elles étaient et la bonne étoile ne perçant pas les lourds nuages noirs, je fus sélectionné en un jour pluvieux de novembre. Le destin faisant les choses comme il faut, je me retrouvais assis au milieu des CM2 qui semblaient si grands, si beaux, si cultivés et d’une telle avance en toute chose. Moi, j’étais seul, petit, perdu en bout de table, paralysé par l’admiration, en face de l’assiette de porcelaine vulgaire garnie de salade de carottes râpées. Leur seule perspective m’en dégoûtait. Ma petite personne affrontait, pareil aux jeunes héros des contes, à la table des géants et les carottes râpées et les constantes allées et venues des cuisinières-surveillantes dont l’unique tonalité était le cri. Pas de variation à ce sujet, remercier les petites-filles serviables et bien élevées qui débarrassent spontanément la table et parlent avec leur candeur caractéristique sa faisait aussi dans les hurlements. Cette particularité s’avéra un défaut, avec elles il n’y avait rien à attendre, rien à craindre, tout était dit ; chaque parole était le summum de la colère concentrée dans les cordes vocales vrombissantes. Et tandis que j’apprenais à ma manière le « manger ou être mangé » des histoires d’enfant, la fluorescence orangée des carottes se détachait de l’assiette livide. Et tandis que sa désagréable couleur s’imprégnait avec rage sur mes rétines, mon esprit s’enflammait dans ma lutte effrénée à la quête d’une échappatoire. Il fallait se débarrasser de ces carottes et cela avec discrétion et subtilité. Les CM2 conversaient entre eux avec une langue soignée et ils y concentraient toute leur attention, toutefois oser se précipiter sur le bac plastique pour y déverser toute cette furie rousse n’était pas envisageable. En garnir mes poches ? répugnant, après tout ce n’était pas mes carottes, et puis avoir cette matière visqueuse et collante dans les mains, non, mille fois non. Cependant, il fallait agir : leurs assiettes se vidaient, la mienne demeurait désolément pleine de sa contenance originelle. Et puis, juste sur mon arrière-droit, la porte qui donne sur la cuisine de laquelle pouvait surgir, à chaque instant, le tonnerre vocal de la surveillante-cuisinière. La solution devait impérativement m’apparaître. Je songeais alors à mon arrière-gauche, un léger pivotement et à un mètre de moi, sûrement moins, s’offrait la table réservée aux six ou huit trisomiques de l’établissement. Ils venaient de la quitter, de sorte que les surveillants-cuisiniers n’avaient pas encore jugé de son état. Si je parvenais, à l’aide de ma fourchette, à envoyer sous cette table mes carottes, j’échapperais aux remontrances d’un plat resté intouché. Moralement, cette option était supportable : j’échappais à mes soucis personnels et les trisomiques ne seraient pas blâmés, s’ils sont comme ça, ce n’est pas de la faute de qui que ce soit, on leur pardonnerait. J’avais le crime et son mobile, la trame et l’idée surpassaient les inventions des romans policiers des éditions jeunesses, seul manquait la réalisation. Aussitôt, je saisissais ma fourchette et par poignées entières je garnissais le sol et son revêtement plastique. Les carottes goûtaient, au mépris total de Spinoza, à la liberté, le temps d’un vol plané, lorsque, délivrées d’entre les dents de la fourchette, elles glissaient dans les airs avant d’heurter mollement le sol plastifié, couvrant son rouge sanguin d’une parure végétale rousse. Je stoppais ma manœuvre d’évasion et, arrêtant dans son élan d’affranchissement mon couvert, j’admirais dans tout son éclat ma première œuvre idéale, ma première œuvre de création pure et non plus de simple imitation. Les ricochets d’Hegel disparaissaient loin de mon esprit tandis que je me faisais le libérateur de la carotte râpée en lui substituant à ses prisons successives de plastique, de porcelaine et d’émail blêmes un horizon rouge carmin à perte de vue. Mes yeux rivés sur le crime, ma fourchette interrompue dans son élan, je songeais à la poursuite de mon œuvre. Soudain un CM2 se mit à crier « Il jette ses carottes ! » et tous reprirent en chœur une interjection d’écoeurement significative. Qu’y avait-il d’écoeurant ? Puis en canon ils réitérèrent leur « il a jeté ses carottes ! » et dans la salle vide, les mots résonnèrent contre les murs, rebondirent violement à leur contact et éclatèrent en un point d’orgue final saluant l’entrée du Jupiter Tonnant en blouse blanche. C’était fait, j’avais eu accès à la nébuleuse orangée, j’en avais fait cadeau à l’étendue qui s’offrait à mes pieds et déjà les êtres supérieurs me dénonçaient, bientôt la divinité céleste me rattraperait et m’exposerait, nouveau Prométhée, à un noir rocher. Elle resta d’abord muette, ainsi donc il y avait autre chose que les cris, il y avait le silence et il était bien plus bruyant que ses pires colères verbales. Elle me regardait stupéfaite et moi je la regardais sans tristesse, elle était dehors sous la bruine, sans colère, elle était partie avec les carottes, sans joie pour autant, j’étais placide avec une légère appréhension de ce qui allait survenir mais légère, tout était fait. J’avais compris que j’avais été trop loin : quand on l’aidait, elle criait des choses gentilles, quand on ne mangeait pas, elle criait parce que c’était grave, quand on ne goûtait pas aux plats, c’était très grave alors elle criait mais ce que j’avais fait n’entrait pas dans son domaine de définition de la gravité des actes, c’était au-delà. Et puis, elle pouvait me demander de ramasser maintenant : c’était devenu mes carottes et non plus celle dans l’assiette, je leur avais conféré mes colères contre ce système injuste, j’en avais fait mon œuvre d’art, c’était devenu un espèce de verre-cassé à moi. J’avais jeté avec passion des carottes râpées et j’avais pris conscience de moi et en même temps de l’art, il ne me fallait plus qu’attendre onze années pour que la philosophie éclaire mes propres actes et mon expression personnelle. Ce qui arriva ensuite, j’en ai qu’un souvenir assez vague. Le Jupiter-tonnant en blouse blanche cria, finalement, et me prit par le poignet résolument, pour me faire manger à part dans la cuisine, isolement. En réalité, ce fut une espèce de soulagement, seul je pouvais considérer mes actes et plus proche de la cour, je m’orientais peu à peu vers la liberté. Un surveillant m’a parlé, je ne l’ai pas écouté, je mangeais. Je n’ai d’ailleurs jamais aussi bien mangé à la cantine que ce jour-là, la sauce semblait être de la sauce, la viande se coupait même en son milieu et l’ensemble passait bien. Seul au milieu de l’agitation qui secouait la pièce livide, j’étais unique, par mon acte et ma nouvelle conscience, par cette petite anecdote qui mettrait onze années à réapparaître et à s’expliquer, pour l’heure, je mangeais. Commentaire : pour le coup c'est un peu niais et vraiment pas intéressant mais mes feuillets plus revendicateurs s'égrainent au sol tandis que la pile de mes lectures prochaines ne fait que s'amonceler d'avantage de jours en jours et j'ai du mal à recopier au clavier mes écrits d'encre. J'espère que mon rare et respectable lectorat me pardonnera l'offense d'une note aussi peu poussée.
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